27 février 2011

L'autre plus beau jour de ma vie

naissanceJe me réveille, nous sommes samedi matin. J'ai quelques contractions pas très régulières et pas très fortes. Elles disparaissent passé midi, puis reprennent en soirée. Je fais des courses, reçois des amies et leurs puces, c'est le bordel à la maison. E. me trouve la "tête d'une maman qui va bientôt accoucher" ! Qui sait !

21h30 : J'appelle mes parents pour les prévenir qu'il est probable que je les appelle cette nuit pour leur déposer Lucie. Qu'ils aient leurs portables allumés, au cas où.

23h30, j'arrive enfin à m'endormir quand je sens du liquide. Je me lève, pas de splash, rien d'impressionnant en fait, je suis juste humide. Je me change, me demandant si c'est une fissure de la poche ou la perte du bouchon muqueux, bien que dans mes souvenirs ça n'était pas aussi fluide. Je boucle les valises en silence dans l'appartement endormi puis me recouche. 10 min après, je me sens à nouveau humide. Je regarde sur le net, dans le doute, le meilleur conseil est d'aller consulter à la mater. Lucie et mon chéri dorment bien profondément, je n'ai pas le courage de les réveiller. Je tente le compromis, je réveille doucement mon mari en lui caressant la joue, puis en le secouant énergiquement parce que ça ne fonctionnait pas. Je lui propose que j'aille moi seule à la mater, et je le rappelle si je dois y rester. Je m'habille, et là, je sens que ça coule franchement ! Bon, c'est bien la poche ! Je me change à nouveau, enfile ma plus jolie couche pour incontinence, appelle mes parents, prépare tout. Mon mari émerge tant bien que mal et se prépare un café. On réveille doucement Lucie, l'enroule dans une couverture et tout le monde dans la voiture. On part à 1h00.

1h30 nous arrivons chez mes parents, Lucie est déposée avec ses affaires, son lit l'attend. Je la quitte en voleuse, et m'en veux beaucoup ... J'aurais voulu lui faire plein de câlin, lui expliquer mieux, mais je n'ai pas le temps et on ne me laisse pas le choix.

2h30, arrivée à la clinique, on sonne aux urgences. J'arrive détendue et souriante, et annonce "j'ai perdu les eaux" ! Mes contractions sont toujours toutes les 7 à 10 min , et pas très douloureuses. Je monte pour un monito avec un col à même pas 2. Une heure après, 2 toujours, et contrax toujours pareil. Je me dis alors que je vais en avoir pour un moment ... On me met en chambre double, et on nous dit que quand ma voisine remontera de salle de travail, il faudra que mon mari quitte la chambre. Il est 3h30, je lui propose qu'il rentre se coucher, et que je le rappelle quand ça commencera à se préciser, car je sais qu'après la longue journée qui nous attend, lui devra s'occuper de Lucie.
Pendant 1h30, je marche de long en large, je tourne, je souffle, je gère. Mon mari me manque, je me sens seule, et bizarrement je me sens également bien comme ça, enfermée dans ma bulle.

5h00 je commence à voir des étoiles à chaque contraction, pourtant toujours espacées de 5 à 7 min. J'appelle les infirmières, je demande quand sera mon prochain examen, on me répond que pour eux, tant que je suis en chambre, c'est que je dors alors on ne viendra pas me déranger. Dormir ??? Je me demande si elle sait ce qu'est une contraction ! Elle me dit d'appeler quand les contractions se rapprochent et s'intensifient. Ok, fallait le dire !
Je raccroche, submergée par une contraction particulièrement douloureuse. Je suis fatiguée, mes yeux se ferment, je veux dormir, mais il faut que je marche, je ne peux pas rester assise !
Les contractions se rapprochent, j'attends 30 min pour être sure et les rappelle : prenez vos affaires et venez en salle de travail pour un examen.
Je manque de me perdre en chemin dans le dédale des couloirs. J'arrive à 5h55, habillée et chaussures aux pieds, on ne m'a pas dit de venir en chemise de nuit ! Une nouvelle contraction me submerge, terrible. Je veux que ça s'arrête, donnez moi une péri ! J'attends le dernier moment pour m'asseoir sur la table tellement j'ai mal. Je redoute l'examen du col, j'ai peur qu'on m'annonce un col vaguement à 3. Mais la SF a l'air de croire que ça n'est pas le cas et me dis que je suis très courageuse. Ah bon ??? Examen : Col à 7 ! Appeler votre mari ! Quoi ??? 7 ??? Je lui fais répéter, et appelle mon mari immédiatement "Viens vite vite vite !!! Ramène tes fesses !!!" Encore une contraction, violente, je râle, "oh mon dieu" en boucle dans ma bouche, je souffle, je sers les dents. Je n'aurais pas de péri, pas besoin de me le dire, je le sais déjà, c'est trop tard. Tant pis et tant mieux à la fois ! Je n'en voulais pas ! Je la voulais juste pour dormir un peu en attendant que mon col s'ouvre, mais il est évident que je ne suis pas prête de fermer l'oeil !

Mais il ne faut pas que j'accouche, mon mari n'est pas là !! Une autre contraction suit, comme une vague déferlante, je suis à bout, je grogne entre mes dents serrées, j'agrippe le matelas de la table, je n'arrive plus à réfléchir à rien. Puis arrive le tsunami, puissant, je ne contrôle plus mon corps qui m'hurle de pousser, et qui pousse de lui même, alors que je m'y refuse ! La SF se précipite, attrape la tête, la dégage, puis les épaules, et me dis de l'attraper ! Je le saisi, ce petit corps chaud et humide, tout glissant, et le pose sur mon ventre. "6h10" je n'en reviens pas. Je suis complètement abasourdie ! J'ai accouché ! Déjà ! Toute seule, presque sans aide, dans le silence et la pénombre de la salle de travail. Je regarde mon bébé, si petit, tout rouge, quasiment poupre, luisant de vernix. Je le tiens fermement contre moi. Ben alors bonhomme, t'as pas attendu ton papa ! Il pousse des tout petits cris plaintif, tel un chaton apeuré. T'inquiète pas mon p'tit gars, maman est là ! La sage-femme est aussi surprise que moi, elle me confie n'avoir même pas eu le temps de mettre ses gants. Le placenta sort d'une traite, un point est nécessaire.

Mon mari arrive, juste à temps pour les soins. Je suis désolée, tellement désolée, je ne savais pas, je m'en veux, tu as raté la naissance de notre fils parce que je t'ai dit de rentrer, de te reposer, parce que je savais qu'il fallait que tu t'occupe de Lucie après, que tu allais être épuisé ... Il me dit que l'essentiel est que tout ce soit bien passé. Mais j'ai rien pu faire ! Et je m'en veux ...

On me fait mon point à vif, je gueule que je veux une anesthésie, n'importe quoi, un spray, mais non madame, c'est rapide ! Puis on m'écrase le ventre, encore et encore, on me nettoie sans ménagement, on me balance de l'eau froide sur ma peau meurtrie. Mais laissez-moi, j'ai mal, j'en peux plus d'avoir mal, laissez-moi tranquille ! Ou au moins, allez y en douceur ! Mais non madame, le froid ça fait du bien ! Ma main dans ta gueule elle va te faire du bien !

Enfin le peau à peau, mon mari revient tout fier avec notre fils, notre beau Camille. On reste là tous les 3, on sort le caméscope, pour retenir ces quelques instants privilégiés. On nous oubliera même dans notre petit coin, faute de brancardiers pour me ramener !

8h30, nous voilà en chambre, avec ma voisine qui a eu un petit garçon 2h avant nous.
De sa salle de travail, elle avait entendu parler de mon accouchement express !

Je regarde notre bébé, il est tellement beau, tellement parfait. Je le regarde avec la même admiration dans les yeux que pour Lucie. C'est moi qui ai fabriqué cette nouvelle merveille ? Je ne suis pas inquiète, je ne suis pas angoissée, je suis sereine et heureuse. Mes parents viendront nous rendre visite en fin de journée, accompagnée de la nouvelle grande soeur qui a bien répété le prénom de son petit frère en chemin. Elle est heureuse de retrouver ses parents, curieuse de ce tout petit bébé, et vient s'installer à coté de sa maman, en observant du coin de l'oeil le nouveau venu qui occupe sa place dans les bras de sa maman.

Ainsi débute notre nouvelle vie à 4.

Posté par mel0fee à 15:06 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires sur L'autre plus beau jour de ma vie

  • le récit de ton accouchement est saissisant de justesse. j'ai eu le sentiment de te voir déambuler dans les couloirs, avec tes contractions, et tout ce qui s'en suit.
    je te félicite pour cet accouchement que tu as bcp vécu "seule", je n'ai pas eu cet applomb.
    gros bisous

    Posté par elodiemars, 21 mars 2011 à 19:36 | | Répondre
  • Merci Elo !
    Tu sais, l'aplomb on l'a quand :
    1) C'est pas notre premier accouchement
    2) Tout se passe bien
    3) Et surtout quand on n'a pas trop le choix ! ))

    Posté par Melo, 22 mars 2011 à 14:08 | | Répondre
  • Ton fils est né le jour où je suis née, alors je ne peut que le féliciter et il se sentira comme un poisson dans l'eau mdr !

    Posté par Ninie, 22 mars 2011 à 14:20 | | Répondre
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